Le sauvetage et la restauration du domaine

La Cour de Lestre, c’est un immense chantier. Un chantier permanent. Depuis près de 100 ans nous œuvrons au maintien de cette demeure et de ses bâtiments agricoles. Lorsque mes grand-parents arrivent à la Cour en 1925, c’est un domaine peu entretenu et en mauvais état qu’ils découvrent. Les fermiers précédents ont, parmi d’autres exemples, utilisé les plus grandes pièces de la maison (les chambres à coucher du 1er étage) pour conserver le grain et ont disposé le van mécanique ou tarare en haut de l’escaler d’honneur pour trier le grain. Pendant des années, l’accumulation du grain a sali les planchers, la vermine a rongés le bois et s’y est incrustée. Notre mère les restaure elle-même en 1953, entièrement à la main. Après ce sauvetage, elle les entretiendra à la perfection pendant des décennies .

Certains murs sont instables et en particulier les plus hauts de la demeure. Ils s’écartent et s’enfoncent lentement dans les douves. Trois murs, en particulier, montrent des signes actifs et inquiétants de mouvement et de fissuration. Dans les années 1970, notre père fait état de ces problèmes au régisseur. Celui-ci ne veut pas s’en occuper et ne prend pas au sérieux la gravité du problème. Mais il accorde a mon père de faire lui-même des travaux s’il le souhaite. Pour enrayer le phénomène, notre père pose donc lui-même des tirants. Il forge de ses mains les X et soude les barres métalliques. Ils change aussi lui-même plusieurs poutres dont les extrémités sont si pourries qu’elles ont disparu de leur cavité dans le mur !

Ces réparations indispensables, nombreuses et variées doivent être pris en charge et réalisés par nous-même, bien que fermiers, car le régisseur fait le plus souvent, la sourde oreille aux demandes de travaux. C’est ainsi que lorsque notre grand-père Pierre Godefroy demande au propriétaire à la fin des années 1920, de pourvoir la maison du courant et de l’éclairage électriques, celui-ci refuse et laisse entendre qu’il doute de l’utilité pour des fermiers d’une telle installation . La famille réalise donc entièrement ces installations à ses frais. Il en sera de même de l’eau courante, des sanitaires, de la cuisine, des salles de bain, de l’assainissement, … et cela jusqu’à nos jours. Au regard de l’immensité des bâtiments agricoles et d’habitation ces investissements sont très important pour les fermiers que nous sommes. Cependant le chauffage, n’a jamais été installé et seule la pièce de vie principale est chauffée par une cheminée ou un poêle a bois suivant les époques .

L’entretien du site, bâtiments, cours, espaces verts, constitue une vaste tâche. Il exige beaucoup de temps, des moyens techniques et un investissement importants. La cour principale fait à elle seule près d’un hectare. Les espaces qui environnent les bâtiments, mares et leurs abords, ruisseaux, douves, chemins et avenues, font plusieurs hectares. Il faut les entretenir également dans tous leurs recoins : faucher l’herbe régulièrement, arracher et couper les ronces aussi souvent que possible pour tenter de les éradiquer, curer mare est fossés de la boue qui s’accumule inexorablement, empierrer les chemins et avenues … L’une des tâche les plus ardue, consiste à éliminer les lierres (et ronces!) qui poussent sur et dans les murs. La ferme possède des centaines de mètres de mur. Les murs de la douve en eau sont les plus difficiles à entretenir car leur accessibilité est problématique. Il faut descendre une échelle dans la douve, en enfoncer la base dans plus d’un mètre cinquante de boue instable et s’y percher au dessus le l’eau pour arracher les plantes à la main. Remonter le lierre sur la terre ferme, retirer l’échelle et recommencer ainsi mètre par mètre. Parfois le lierre est si gros et résistant qu’il faut lutter longtemps pour le décoller du mur sans abimer ce dernier.

L’entretien des portes et fenêtres constitue également un chantier permanent. La maison d’habitation possède plus de 40 ouvertures. Les bâtiments agricoles en comprennent à peut près autant. Il faut les entretenir et les peindre régulièrement.

Les maçonneries.

Les plantations (les désastres dus aux tempêtes)

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